Don Quichotte

« Dans Don Quichotte, c’est la matière philosophique de Cervantès qui m’inspire, et dont je propose une lecture abstraite et sensible. Il ne s’agit pas d’en raconter le récit, mais d’en faire vibrer l’énergie : la puissance du rêve, le désir de vivre autrement, le combat à la fois dérisoire et sublime contre le réel. Chez Cervantès, le chevalier à la triste figure se dresse contre un monde désenchanté, régi par la raison et l’ironie, où l’idéal n’a plus de place.

À travers les plaines de la Manche, son voyage est autant géographique qu’intérieur : une traversée spirituelle où chaque pas dans la poussière fait vaciller la frontière entre illusion et vérité. Ce mouvement résonne pour moi comme une métaphore du chemin de l’artiste, un aller-retour constant entre le monde et soi, entre le réel et l’imaginaire.

Il est souvent admis que ce que Don Quichotte affronte vraiment, au-delà des moulins, ce sont les frontières invisibles de sa quête de justice, et ce besoin irrépressible de réenchanter le monde. Au cœur de cette lutte brûle un amour irréel, sans visage, moteur de courage et refuge d’espérance.

Dans cette figure, je reconnais celle de l’artiste, habité par ses visions, souvent seul face à l’incompréhension du monde, mais toujours porté par la nécessité de créer. Comme Don Quichotte, il persiste à croire en la beauté, en la poésie, en la force du geste. Cet élan vital, fragile et obstiné, traverse la pièce comme une méditation sur la condition de l’artiste : entre lucidité et utopie, entre solitude et foi en l’art.

Y est célébrée cette obstination à croire, à aimer, à se battre contre le réel, non par naïveté ni héroïsme, mais par nécessité.

Don Quichotte est ma troisième création pour le Ballet Biarritz, mais la première portée par la conscience de ma future responsabilité à sa tête. Cette perspective donne une intensité nouvelle à une question intime : comment continuer à rêver, à aimer, à créer, lorsque le poids du réel se fait plus présent ? Comment garder vivante la folie essentielle à l’art sans en perdre la mesure ? »

Martin Harriague

Chorégraphie, scénographie, lumières Martin Harriague
Assistant à la chorégraphie Mathieu Geffré
Musique Gabriel Majou
Design costumes Mieke Kockelkorn
Fabrication costumes Vanessa Ohl, Sandrine Mestas Gleizes
Fabrication décor Frédéric Vadé
Ballet pour 16 danseurs
Durée 40 minutes

Production CCN Ballet Biarritz
Première le 26 décembre 2026, Théâtre de la Gare du Midi, Biarritz